Des mots pour une guitare

La joie éprouvée face à une œuvre, c’est bien sûr le plaisir  qu’elle procure, mais aussi par ricochet les rencontres vers lesquelles elle entraîne. Dernièrement j’ai découvert le livre du romancier Georges Hyvernaud, La peau et les os, paru en 1949, aux éditions du scorpion. Ce livre autobiographique, retrace l’expérience de l’auteur durant sa captivité de 1940 à 1945, en temps qu’ancien prisonnier d’un Oflag en Poméranie. Bien qu’il fût soutenu par Jean Paul Sartre, Roger Martin du Gard et Blaise Cendrars, à sa sortie le livre passa presque inaperçu. Il en fut de même pour le suivant, Le wagon à vaches (1953). Ni l’un ni l’autre ne trouvèrent leur public. Georges Hyvernaud meurt oublié en 1983. Né en Charente en 1902, élève des Écoles normales d’instituteurs d’Angoulême puis de Lyon, normalien (Saint-Cloud), il devient professeur d’école normale d’instituteurs en 1925. Il abandonna la littérature avant d’être redécouvert dans les années 1980.

En 2000, Serge Teyssot-Gay, co-fondateur et guitariste du groupe rock Noir Désir, marqué par la lecture de La peau et les os, décide de mettre des extraits du roman en musique. Cette rencontre entre les mots de l’un et les notes de l’autre a donné jour un album singulier et attachant, On croit qu’on s’en est sorti. Deux univers qui se croisent et se soutiennent, chacun ayant rencontré l’épaule de l’autre pour des minutes de pures émotions.

Extrait de « feuilles volantes » « Se dépêcher de gagner des sous si on aimait ça. Ou de baiser, si on aimait ça. C’était la guerre. Jamais excuse plus commode, absolution plus totale ne seraient offertes à la vacherie humaine. »

Didier Venturini

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