J’avais déjà vu une première version de Le Soleil brille pourtant dehors il y a un an et demi. C’était un spectacle singulier, une véritable création qui surprenait par son air de jamais vu et qui m’avait séduite. Le revoir en grandeur réelle au Théâtre des Célestins m’a convaincue de la grande virtuosité et du vrai professionnalisme de cette jeune troupe fraîchement issue de l’Ensatt.
L’histoire d’abord, tient de l’énigme : un homme et une femme (les seuls personnages visibles de la pièce) habitent une maison en bordure de forêt. Très vite on comprend que leur fille a disparu, on ne sait où ni comment, que la police les a interrogés, mais qu’elle n’a rien trouvé et que les journalistes s’y intéressent moins qu’avant… Et pourtant ils se sentent (ils sont ?) harcelés par des curieux qui rôdent autour de la maison et aussi, plus étrange, par des faits troublants et inexpliqués qui se passent : oiseaux qui viennent mourir contre les vitres par exemple… Tout cela crée une ambiance pesante et angoissante sans qu’on puisse discerner pourquoi on ressent cette inquiétude sourde.
Les hypothèses se multiplient et peu à peu, apparaissent d’autres personnages sortis tout droit de leur enfance, de leurs souvenirs, de leurs cauchemars. Progressivement des pistes s’ouvrent du côté de sa famille à elle, plutôt bizarre… Bien qu’aucune d’elles ne se révèle explication, on suit ce labyrinthe avec énormément d’intérêt.
Ce spectacle est né de l’imagination d’un collectif d’artistes techniciens : François Geslin et Louen Poppé (qui signe aussi la mise en scène) au son, Mathilda Bouttau aux lumières, Gabrielle Mariller à la vidéo, Louise Caron et Justine Baron à la scénographie. C’est ensuite que le scenario s’est construit avant que Marine Chartrain ne le pare d’un texte allusif et mystérieux qui complète l’ensemble… Si j’insiste ici sur les liens de ce collectif, c’est qu’il est rare qu’un travail aussi abouti sorte ainsi de la rencontre de plusieurs esprits créatifs. Cette compagnie s’appelle Maison vague, nom fort bien approprié à leur premier spectacle.
Dans ce huis clos, il est beaucoup question d’insaisissable, de dérobade, de trappe entre hier et aujourd’hui, de passage entre les vivants et les morts. Car Adèle (émouvante Fanny Godel) et Samy (magnifique Lucas Martini, insaisissable) vivent en reclus, même s’ils sortent parfois. Sur le plateau, les murs de la maison sont des voiles colorés qui fabriquent un monde mouvant… La scénographie joue donc un rôle essentiel et on comprend l’intérêt d’un tel collectif qui évite la psychologisation et se concentre sur l’atmosphère qui tient de la science-fiction, du fantastique, du poétique aussi. De même, la bande-son, inquiétante, et les phrases qui s’écrivent sur les « murs », sorties d’on ne sait quel cerveau concourent à créer un univers mystérieux.
L’idée de l’autrice est digne d’un thriller : les épisodes inquiétants s’enchaînent sans que l’on ne puisse rien expliquer. La grande réussite de ce spectacle est justement dans la ramification des pistes et des ambiances, sans pour autant qu’on se sente frustré de ne pas trouver la clé de l’énigme. C’est un magnifique spectacle, à retrouver jusqu’au 13 juin aux Célestins.
Le soleil brille pourtant dehors
avec Fanny Godel, Lucas Martini texte Marine Chartrain
texte Marine Chartrain mise en scène Louen Poppé
codirection artistique Mathilda Bouttau, François Geslin, Louen Poppé
scénographie Justine Baron, Louise Caron
lumière Mathilda Bouttau
vidéo Gabrielle Marillier
son François Geslin, Louen Poppé


