
LILA PINELL à la presentation de son film au Comoedia le 15 juin ( photo JFM )
« Shana », le film, est complètement construit autour de Shana, son personnage principal ! Et Eva Huault incarne Shana avec un naturel époustouflant ! Elle EST Shana, sans cesse en mouvement, révoltée, le verbe haut et la voix forte, qui ne baisse jamais les bras, toujours battante au milieu des pires galères .
Et des galères elle en traverse ! D’un côté, il y a la relation d’amour/haine qu’elle entretient avec sa famille juive séfarade , si classique en apparence, qu’elle rejette et qui la rejette, sans que ce ne soit jamais avoué. De l’autre, l’emprise qu’a sur elle Moïse, son compagnon, petit trafiquant entre prison et liberté conditionnelle, colérique et brutal. Entre ces deux écueils, son seul havre est sa bande de copines, avec qui elle ne cesse de se disputer, certes, mais à qui la lie une amitié profonde. Ce n’est pas pour rien que le film s’ouvre et se ferme sur une scène réunissant ce groupe, brève parenthèse de répit dans la vie cabossée de Shana.
Des histoires comme ça, on en a beaucoup vu , au cinéma et encore plus dans les séries télévisées, dira-t-on ! Alors qu’est-ce qui faaait du film de Lila Pinell une œuvre singulière qui apporte du neuf dans la représentation de la jeunesse d’aujourd’hui ? Ceala tient d’abord, me semble-t-il, à l’absence totale de pathos , d’attendrissement, encore moins de réprobation dans la manière dont sont présentés les protagonistes : Lila Pinell nous a dit avoir voulu « donner de la noblesse aux corps et aux personnages ». Pour « porter un autre regard ( que celui des téléfilms ) sur les personnes », elle a choisi de tourner en argentique, avec une caméra 16 millimètres, même si cela l’a conduit à limiter le nombre de prises pour des raisons financières et donc à demander aux comédiens de s’en tenir au scénario, à ne pas modifier les dialogues . Il est vrai que ces dialogues, la réalisatrice, qui est aussi scénariste, les a écrit avec ses interprètes et d’abord avec Eva Huault, que Lila Pinell connaît depuis qu’elle a dix ans, et qui a en partie inspiré le personnage de Shana. Et cela donne au film une authenticité unique !
On notera enfin que la bande-son du film est exclusivement composée de morceaux préexistants . La plupart d’entre eux sont en lien avec les situations présentées ( musique de bar ou de cérémonie religieuse, etc. ), mais d’autres sont sans rapport avec l’action, véritable musique de film, en particulier des pièces de Bekla Bortok, qu’on est un peu surpris de trouver ici mais qui y sont parfaitement à leur place.
Au total, « Shana » est une œuvre très réussie qui va rejoindre le club assez fermé des films qui tracent un portrait réaliste et nuancé de la jeunesse d’aujourd’hui ( La Haine, Bande de Filles, Nino pour n’en citer que quelque uns ! )
Jean-François Martinon
