Trois fois la colère

Depuis sa naissance en 1978 Laurine Roux a presque toujours habité dans les Hautes-Alpes.  Après avoir effectué une prépa littéraire à Marseille, elle y a enseigné les lettres. C’est à Marseille que devrait se dérouler son prochain livre. Elle a commencé sa carrière d’écrivaine par la poésie et les nouvelles pour lesquelles elle a reçu entre autres prix, le prix George Sand. Elle a écrit 5 romans pour adultes tous primés et un pour la jeunesse. Elle change d’univers dans chaque roman. Que ce soit cinquante ans après une guerre terrible dans « Une immense sensation de calme », un endroit coupé du monde suite à une pandémie écrit avant la COVID avec « Le Sanctuaire », l’Espagne de 1930 dans « L’autre moitié du monde », ou un roman s’étalant sur un siècle, de Louis Pasteur au 11 septembre 2001 dans « Sur les épaules des géants ». Son dernier roman était présenté le mois dernier à la librairie Garin de Chambéry. Dans «trois fois la colère » , publié aux Editions du Sonneur, elle a choisi ses Hautes-Alpes au 13è siècle. Elle a une imagination fertile, une écriture limpide où les décors naturels sont toujours présents et où la condition des femmes est importante.

            trois fois la colère est un titre énigmatique : il ne commence pas par une majuscule comme s’il ne s’agissait pas du début mais bien de la fin d’une histoire, et c’est ainsi qu’il faut le comprendre. La colère est l’aboutissement des souffrances de trois générations : celle de Joseph, le père devenu veuf à la naissance de Gala, celle de Gala, sa fille, et enfin celle des enfants de Gala, des triplés, tous marqués par une tâche rouge à la naissance du cou, Reine, Ephraïm aux yeux vairons et Mange-Ciel  nommée ainsi par sa mère car un peu simplette.

             Quatre chapitres rythment le livre: tout commence par La racine ou l’origine de la colère, suivie par La sève, qui voit la colère s’établir et puis La branche, La colère vient de loin. Dans une quatrième partie, nommée Le dragon, la petite fille du seigneur de Bure, « son fidèle écuyer, sa lanterne » met un terme à cette histoire violente. Les dernières pages étant en échos aux deux premières.

            Nous sommes au Moyen-âge. Le Pape Innocent III qui a créé la sinistre inquisition  contre les Cathares, lance la IV croisade qui détruira Constantinople.

            Dans les deux premières pages, Miou chevauche à vive allure fuyant la croisade pour retrouver le domaine de Bure, la tête du seigneur Hugon de Bure dans un sac de chanvre. « De temps à autre, à la faveur d’un emballement, le barda cogne son mollet et il lui semble qu’Hugon de Bure lui baise la jambe, la suppliant depuis ses ténèbres de ne pas aller plus loin. » Comment en est-elle arrivée là?

            Le roman nous fait découvrir l’histoire qui amène à cette scène. Une histoire de folie, de dépendance, de domination, de violence et de viols. Plusieurs fois,  il y a le nombre trois qui est comme une malédiction. Hugon de Bure est le survivant des trois enfants de Rosemonde et Enguerrand de Bure  dit le bon, le seigneur du pays. «Dès son plus jeune âge,  le bébé, avait reçu le surnom de Terrible ». A son adolescence il commettait ce « qu’aucun mot n’existait pour décrire pareille infamie ». C’était un être maléfique,. On suit donc, Joseph, Gala, puis les triplés de Gala qui vivent dans trois mondes différents : le château, l’énigmatique forêt et un monastère dans où vivent un franciscain, un bénédictin et un homme sans foi. On est entraîné dans un tourbillon de personnages, de lieux, de péripéties incroyables comme dans un polar.

L’écriture de Laurine Roux épouse parfaitement l’époque. Elle sait nous surprendre. On est happé par le rythme. trois fois la colère a obtenu le fameux prix des libraires. C’est amplement justifié.

Claude Guest

Photo : Dans trois fois la colère, Laurine Roux nous conduit dans les Hautes-Alpes au 13è siècle. Photo Eléonore Wallet

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