
Depuis l’origine, ou presque, le cinéma se plaît à se représenter à l’écran : dans un de ses premiers films courts, Charlot sème la panique sur un plateau de cinéma tandis que Buster Keaton , dans « Le Cameraman », décrit un tournage finalement réalisé par… un singe ! Depuis ces temps héroïques, les films sur le 7° art se sont succédés. Marc Fitoussi s’inscrit franchement dans cette tradition : un de ses premiers court-métrages, « Illustre Inconnue », son premier long, « La Vie d’artiste », un de ses documentaires « Des Figurants » , sans oublier les deux épisodes de « 10% » qu’il a réalisés, peignent le milieu du cinéma. Avec « Ni Vue, ni Connue », il récidive, voulant, nous a-t-il dit, « parler du cinéma en général et en parler d’en bas ( à la différence de la série télévisée )… Donner un point de vue « le plus honnête possible sur ce milieu que je côtoie et que j’aime » ajoute-il modestement. Quand on évoque le précédent de « La Nuit américaine » de Truffaut, il reconnaît sans fard l’influence de ce film qu’il aime, qu’il a vu plusieurs fois et qui « sans doute a été pour quelque chose dans (son) envie de faire ce métier « Mais il précise : « Je me suis imposé de ne pas le revoir pendant le tournage de peur d’être écrasé ! »
De l’écriture du scénario, Fitoussi a décidé de faire jouer à contre emploi ses actrices : Isabelle Huppert, sans doute la plus « star » des actrices françaises avec Catherine Deneuve, incarne Corinne Maclou, une figurante inconnue, et Sandrine Kiberlain, qui nous a paru simple et naturelle chaque fois que nous avons eu la chance de la rencontrer, joue une actrice imbue d’elle-même, « hors sol » dit son réalisateur qui porte son nom mais ne lui ressemble pas. Dans les deux cas, ce sont « des rôles de composition » dit Fitoussi. « Cela est possible parce qu’Isabelle et Sandrine sont des personnes que je connais bien, qui ont confiance en moi et qui sont capables d’auto-dérision ». Pour qu’il n’y ait pas de confusion entre les personnages et les actrices, Fitoussi leur a demandé de ne pas improviser, de s’en tenir strictement au scénario : « tout était très écrit dans le film ». Avec une exception pour Emmanuelle Bercot, qui joue la réalisatrice qu’elle est dans la vie,« je n’ai pas voulu orienter son jeu, je l’ai laissé faire à sa manière ».
« Ni vue, ni connue » est un film drôle et touchant qui nous fait partager le quotidien d’un tournage, en particulier du point de vue des figurants aux quels Fitoussi se plait à rendre hommage car, dit-il, « on a tendance à peu (les) considérer ». Raemarquablement interprété, vivant et bien rythmé, il ravira les amoureux du 7° Art auquel il rend un hommage sincère et enthousiaste. À ne pas manquer !
Jean-François Martinon
