
Bénédicte Belpois vit à Besançon où elle exerce la profession de sage-femme. C’est lors d’un long séjour en Espagne qu’elle a commencé à écrire « Suiza » (2019), son premier roman. Suiza a été récompensée par plusieurs prix: le prix Marcel Aymé, le prix des lecteurs de la Ville de Brive. C’est pour « Suiza » qu‘elle a été invitée au festival du premier roman à Chambéry. « Morvan » est son quatrième roman, édité chez Gallimard.
« C’était un dimanche, alors je suis allé me promener, refaire la balade qu’on faisait tous les deux le matin quand il était bien, qu’il n’avait pas trop bu la veille. »
C’est ainsi que débute le roman. On imagine que ça se passe à la campagne, que le narrateur accompagne sûrement un proche qui boit. Morvan accompagne son père qui s’abrutit à l’alcool pour réussir à survire au malheur qui l’a accablé : la perte de sa femme. Mais son père est mort depuis deux ans et Morvan continue à fêter son anniversaire.
Morvan va, sur un coup de tête, quitter un matin son village, en Ardèche, dans la vieille Volvo de son père. Il va rouler longtemps vers les montagnes. Première étape : Sallanches. Il dort dans la Volvo. Heureusement, il trouve du travail dans la pizzeria de Giovanni qui a une autre employée, Monique, que Gio appelle Monica . Elle est orpheline de père et vient de la Haute-Loire . Une formidable amitié va lier les trois, Gui, Monica et Morvan. Ce sont trois déracinés. Et ils vont vivre ensemble des aventures qui vont les amener de Sallanches à Turin puis à Lausanne, retaper un château pour millionnaires fatigués, rencontrer des personnages fantasques . Mais la vie n’est pas toujours simple et ils repartent au mont Beuvray vers Bibracte dans le Morvan le bien nommé.
Bénédicte Belpois nous offre quelques réflexions comme: la montagne ça ne se parle pas, ça s’économise. Ou Les femmes sont plus solides devant le désastre parce qu’elles se sont tellement esquintées à donner la vie qu’elles savent ce qu’elle vaut.
Et elle nous parle d’amour, d’amour contrarié, d’amour fou, d’amour retenu, d’amour caché. Et d’amitié indéfectible entre nos trois déracinés. Ils sont liés dans une errance qui pourtant les mène souvent à l’échec. Mais ce lien si fort leur fait rencontrer des personnages étranges comme Fraulein Scooby-Doo , l’intendante du château, Jorge qui se croit danseur, et comme la richissime duchesse espagnole, la Duquesita, une vieille dame déjantée qui explique à Morvan: «On cantonne souvent les femmes à leur pouvoir d’enfanter, Carinio, mais perdre cette faculté ouvre d’autres champs de désir, de plaisir bien plus vaste.»
Un livre d’une grande humanité dont la fin en est la signature.
Claude Guest
