
Bruno Dumont nous présente son film au Comoedia, le 16 septembre.( photo JFM )
Original « Les Roches Rouges » l’est au moins à deux points de vue :
La première singularité des « Roches Rouges » dans l’œuvre de Dumont, c’est que le film a entièrement été tourné au bord de la Méditerranée! Grande première pour le réalisateur de « Flandres » et autres « P’tit Quinquin », dont l’œuvre s’était jusque-là toujours déroulée dans le nord de la France . Qu’il ait tourné dans « un paysage merveilleux pour un nordiste, quelque chose d’assez magique dans les couleurs » n’est pas sans importance . En effet, Bruno Dumont nous a confié que, pour lui, « le décor est au commencement…c’est un peu la métaphore de l’histoire ». Montré en plan très large, revenant à plusieurs reprises dans le film, le paysage est plus méditerranéen que nature : la mer d’un bleu profond est cernée par une baie aux formes douces, où une végétation d’un vert puissant le dispute aux roches rouges (très rouges ) du titre ! Une voie de chemin de fer, que parcourt souvent un petit train bruyant et une route où courent des voitures microscopiques animent ce chromo tranquille ; C’est vu de si loin qu’on a le sentiment de contempler une maquette : n’est-ce pas le cadre idéal pour narer une histoire jouée par des enfants ?
Car « Les Roches Rouges » est un film dont les acteurs sont des enfants, de très jeunes enfants, de 5 à 8 ans. À part dans une étrange séquence, une partie de tennis entre grands, complètement étrangère au récit, les quelques adultes que l’on entrevoit sont toujours extérieurs à l’histoire qui se passe sans eux, très loin d’eux ! « J’avais envie de filmer des enfants, ce ne sont pas des comédiens professionnels ! » nous a dit Dumont, « J’ai presque toujours tourné avec des amateurs, je les laisse faire ; le jeu pour eux est très simple ». De fait, les petits comédiens sont confondants de naturel, vivants, crédibles, attachants, quand ils font ce qu’ils savent, ce qu’ils aiment, faire : nager, sauter, rigoler, se balader en quad ou voiturette électrique. Mais l’affaire se corse quand on leur demande de sortir de leur quotidien, quand on les charge d’exprimer des grands sentiments : la colère, la violence et surtout l’Amour, avec un bien trop grand A pour leur âge : leur jeu devient alors contraint, convenu et, même s’ils se serrent frénétiquement l’un contre l’autre, on a du mal à croire à la passion censée rapprocher un Roméo de 5 ans et sa Juliette de 8 ! C’est le seul reproche qu’on puisse faire à cette interprétation enfantine si brillante : les jeunes acteurs ont parfois du mal à porter le message qu’on leur a confié et qui les dépasse (un peu) trop !
Reste que le film est une œuvre passionnante, originale et très attachante : on n’est pas près d’oublier Kaylon Lancel, 5 ans lors du tournage, formidable concentré d’énergie, de spontanéité et d’expressivité qui donne à Géo, son personnage, une authenticité touchante !
Jean-François Martinon
