« L’ESPÈCE EXPLOSIVE « de Sarah Arnold, un premier film qui intrigue !

Sarah Arnold présente son film au Comoedia le 28 septembre ( photo JFM )

Durant toute la projection d’« Espace Explosive »,  on se demande à quel type de film on a affaire . Au début, cette histoire de conflit violent entre propriétaires de sociétés de chasse, élevant des sangliers pour que de riches touristes puissent les tirer et  cultivateurs excédés par les dégâts provoqués dans leurs champs par ces nuisibles , avec , entre les deux, une brigade de gendarmerie, fait immanquablement penser à un western basé sur la traditionnelle opposition entre éleveurs et cultivateurs sous l’œil du shérif. Sauf, bien sûr, que nous sommes dans le Nord-Est de la France et que la lumière, ennuagée et sombre, est bien différente du soleil implacable de l’Ouest Américain ! Mais rapidement, le ton change : un gendarme nouvellement arrivé soupçonne des manœuvres louches derrière le conflit et décide de mettre à jour la vérité : on se dirige alors vers un film d’enquête , un film noir voire même un thriller. Et ce n’est pas tout ! Le rapprochement entre notre gendarme enquêteur et une psychologue de la gendarmerie nous embarque , un peu, vers une comédie romantique quelque peu déjantée !

Cette grande diversité de ton s’explique, peut-être, par la longueur du processus de création du film : il a fallu six/sept ans pour mener le projet à bien et , durant ce temps, trois scénaristes successifs se sont penchés, avec Sarah Arnold, sur « Espèce Explosive » !

Mais ce n’est pas seulement par les genres cinématographiques auquel il se rattache que le film nous intrigue. Les personnages sont ambigus, très éloignés de l’image habituelle de leur personnage. Ainsi, le gendarme-enquêteur est très loin du héros super-efficace qu’on aurait pu attendre : plein de doutes, torturé par des traumatismes mal enfouis, sujet à des actes de violence incontrôlée, il est loin d’incarner un modèle standard de virilité. Et les autres personnages, à commencer par la psy androgyne et imprévisible, sont, eux aussi, hors norme. «  On a beaucoup travaillé la question du genre », nous a dit Sarah Arnold. On la croit sans hésitation !

On le voit, le film pose beaucoup de questions, évoque beaucoup de problèmes de fond et de forme. Trop ? Peut-être ! Mais l’on doit donner acte à la réalisatrice d’une belle envie de cinéma, d’une volonté farouche de trouver sa voie propre, d’affirmer sa singularité !

Souhaitons qu’il ne faille pas attendre sept ans pour découvrir la prochaine œuvre de Sarah Arnold, qui lui permettra, soyons-en sûraa, de démontrer son originalité ! 

Jean-François Martinon

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