Lampedusa creuset névralgique

A ce stade de la nuit © Guillaume Bosson

L’actrice Sophie Cattani s’empare du texte poignant de Maylis de Kerangal, À ce stade de la nuit, avec un peintre kurde irakien en exil, Mahmoud Peshawa qui réalise chaque soir en direct un tableau « éphémère ». Ensemble ils racontent à travers la tragédie des migrants cherchant asile en Europe, le destin de l’île de Lampedusa.

Si les conditions de création et le texte lui-même, bien sûr, évoquent un naufrage au large de cette île sicilienne et la mort de plusieurs centaines de personnes, le spectacle ne verse pas dans le pathos pour autant mais incite plutôt à la réflexion. Tout d’abord, il s’ouvre sur des images du début du Guépard, le film magnifique de Visconti. Le personnage principal, grand aristocrate du XIX°, y assiste, impuissant, à la fin d’un monde, le sien. Se croisent alors dans son château ceux qui sont sur le déclin et la nouvelle génération qui va prendre leur place. Le spectacle ainsi décentré est politiquement centré et désespéré : « il faut que tout change… pour que rien ne change« . Il se fermera que une autre oeuvre artistique, celle du peintre Mahmoud Peshawa qui, entré à pas feutré sur le plateau, a longuement peint des figures incompréhensibles dont nous avons la révélation à la fin : ce sont des êtres humains qui nous regardent et, ce faisant, nous interpellent. Leur facture présente une similitude, une fraternité? avec Le cri d’Edvard Munch.

Revenons sur l’interprétation de Sophie Cattani qui ne se contente pas de dire ou de dire, mais offre la multiplicité des sentiments exprimés par l’autrice, de l’effroi à la colère, de la tristesse au désarroi. Elle joue véritablement, et fort bien, ce « personnage ».

C’est un très beau spectacle, sensible et artistiquement réussi, puissant et sobre, riche de toutes ses références comme autant de continuités.

Théâtre des Marronniers jusqu’au 18 octobre les dimanches 11 et 18, ainsi que les jeudi, vendredi et samedi


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