A VOIR ABSOLUMENT : « L’AFFAIRE MARIE-CLAIRE »

Lauriane Escaffre, co-realisatrice de « L’affaire Marie-Claire », présente son film au Pathé Vaise le 1er octobre (photo JFM)

« L’affaire Marie-Claire », qu’est-ce que c’est ? C’est l’histoire du procès de Bobigny. Cette réponse ne suffit pas à tous nos interlocuteurs. Si les babyboumeurs se souviennent, en général, de ce procès qui défraya la chronique en 1972, posant avec force la question de la libéralisation de l’avortement, il n’évoque rien pour les plus jeunes qui ne se souviennent que la loi Veil (1975) sans retenir les épisodes qui l’ont précédé. Et pourtant, sans le procès de Bobigny et le manifeste des 343 de 1971, il est peu probable que l’IVG ait été autorisée au début du septennat de Valéry Giscard d’Estaing ! Il est donc fort opportun de revenir sur ce dramatique épisode.

Voyons les faits : à l’automne 1971, Marie-Claire Chevalier, une jeune fille de 16 ans, est violée par un garçon à peine plus âgé qu’elle. Enceinte, elle décide, avec l’aide de sa mère, d’avoir recours à un avortement clandestin alors sévèrement puni par la loi. Dénoncée par son violeur, elle est inculpée ainsi que l’avorteuse (on disait alors « faiseuse d’anges »), sa mère et deux amies accusées de complicité. Marie-Claire et sa mère demandent à Gisele Halimi d’assurer leur défense. L’avocate, est connue pour avoir défendu une militante indépendantiste algérienne, Djamila Boupacha, torturée et violée par des soldats français pendant la guerre d’Algérie. Elle est aussi signataire du « Manifeste des 343 » (une certaine presse disait alors « des 343 salopes »), 343 personnalités s’accusant publiquement d’avoir eu recours à l’avortement et co-fondatrice du mouvement 3Choisir ». Gisele Halimi accepte mais leur propose de plaider l’injustice de la loi sur l’avortement. La presse donne une large publicité à l’affaire !

Appuyé sur une enquête sérieuse et exhaustive, ne se limitant pas aux très nombreux articles et ouvrages suscités par le procès mais y ajoutant les témoignages des protagonistes ou de leurs proches et des nombreux témoins que Giselle Halimi avait cités, le film sonne juste, reflète avec beaucoup d’authenticité l’ambiance de l’époque. Cécile de France est bouleversante dans le rôle de Michèle Chevalier, la mère de Marie-Claude, modeste employée de la RATP, mère célibataire de trois filles, totalement engagée aux côtés de Marie-Claire.. Et Charlotte Gainsbourg incarne parfaitement Gisele Halimi, avec beaucoup de conviction et d’autorité, telle qu’elle devait sûrement être ! Le reste de la distribution est impeccable; on s’amusera d’apercevoir la co-réalisatrice Lauriane Escaffre dans le rôle de la secrétaire de Gisele Halimi et de son co-réalisateur Yvo Muller dans celui de Jacques Monod. La mise en scène est sobre et efficace, le montage éclaté « vise à rendre le spectateur actif et à donner du rythme » nous a dit la réalisatrice. De fait on est captivé par l’action, d’autant plus que la musique de Philippe Rombi l’accompagne admirablement.

Au total, « L’affaire Marie-Claire » est un film passionnant et sensible qu’il faut -absolument- ne pas manquer !

Jean-François Martinon

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