L’homme qui lisait des livres

Rachid Benzine, né le 5 janvier 1971 à Kénitra au Maroc est arrivé en France à l’âge de 7 ans. C’est un islamologue, politologue et enseignant franco-marocain. Diplômé d’études approfondies en sciences politiques de l’université Paris-Descartes, il a aussi une maîtrise en économie. Passionné de religion et de dialogue entre les religions, il a enseigné en particulier à l’IEP d’Aix en Provence, et à l’université catholique de Louvain. Il compte de nombreuses publications comme « Une lecture du Coran avec Paul Ricœur »  et des romans dont le fameux « Lettre à Nour ».

 Aujourd’hui je vais vous parler de son dernier roman « L’homme qui lisait des livres », édité chez Julliard.’

           « Journée ordinaire. Hier, deux frappes ont tué quatre gamins dont le seul crime avait été de jouer au foot sur la plage » : ainsi commence le livre. Un photographe français, Julien, est  envoyé à Gaza pour effectuer un reportage. Il préfère capturer des scènes de la vie quotidienne plutôt que prendre des photos d’enfants en pleurs, de ruines ou de blessés qui sont pourtant les plus demandées.

Il rencontre Nabil, assis sur le pas de sa librairie, un livre en main, des centaines de livres posés autour de lui à même le trottoir sur une bâche. Nabil refuse de se faire photographier parce que, selon lui, «  une photographie capture un homme dans un instant, mais que reste-t-il dans l’image, de la vie de cet homme ?»

          Alors qu’une manifestation du Hamas défile dans la rue et que tous les rideaux sont baissés, Julien retrouve le libraire qui lui offre un café. Nabil raconte sa vie. Ses parents habitaient Bilad el-Cheikh,  un village proche de la raffinerie de pétrole britannique de Haïfa où son père travaillait. Il ne voulait pas gratter la terre sèche comme tous les paysans de la région. Dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier 48, une branche de la Haganah a vidé le village de ses habitants. Alors commence « une litanie de représailles sur représailles, de haines empilées, de tristesse recouverte de tristesse. »

          Nabil est né en 1948 d’une mère musulmane et d’un père chrétien. Ils ont vécu avec sa sœur, son frère et ses grands-parents à Aqabat Jabr non loin de Jéricho, puis dans le camp de Jabaliya près de Gaza, à près de 90 km de Haïfa . C’est là que Nabil s’adonne à la lecture. Shakespeare, Victor Hugo,  Primo Levi, Franz Fanon, Homère, des poètes palestiniens Mourid al-Barghouti, Mahmoud Darwich, la « Chronique du figuier barbare » de Sahar Khalifa… Il lit tout le temps et tout ce qu’il peut.

          Tout au long du récit, on ressent la sensibilité de Nabil et forcément celle de l’auteur. Une ouverture d’esprit remarquable dans ce pays dévasté par la violence, l’intolérance et la haine. Ce livre n’est pas un roman historique mais une fable, un conte philosophique. Il démontre que les livres aident l’humain à supporter la douleur et l’oppression. Un roman d’une grande sagesse. Une pépite qui ne peut pas laisser indifférent.

                                          Claude Guest

PHOTO : Avec « L’homme qui lisait des livres »,  Rachid Benzine signe un roman d’une grande sagesse, une pépite qui ne peut pas laisser indifférent.

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