
On se souvient peut-être de la sortie, en 2022, du second film de Maryam Touzani, « Le Bleu du Caftan », une chronique douce-amère de la vie dans la médina de Sale évoquant avec délicatesse la question taboue au Maroc de l’homosexualité. La nouvelle œuvre de la réalisatrice nous transporte cette fois à Tanger, cette ville marocaine proche de la péninsule ibérique où une importante minorité venue d’Espagne est installée depuis longtemps. C’est dans un quartier de Tanger presque complètement hispanophone que se déroule le film, quartier dont la rue Malaga est l’artère principale (d’où le titre du film même s’il a été tourné, pour des raisons pratiques, dans une autre rue de Tanger, la rue d’Italie). Mais c’est bien rue Malaga que résidait la grand-mère de Maryam Touzani, à qui le film est dédié et qui a largement servi de modèle au personnage de Maria Angeles.
Du fait de sa localisation dans ce quartier de Tanger, le film a été tourné en espagnol et non en arabe comme les autres œuvres de la réalisatrice.
« Rue Malaga » narre les efforts et les ruses que Mara Angeles est contrainte de déployer pour ne pas quitter le quartier où elle est née, la maison qu’elle habite depuis quarante ans. Chronique réaliste ou récit enjolivé à la façon d’un conte oriental, on n’aura garde de trancher !Qu’importe d’ailleurs : on croit à l’histoire parce qu’on a envie d’y croire, parce que l’on est complètement sous le charme de l’héroïne, en pleine empathie avec elle ! Il faut dire que le rôle est tenu par la très grande actrice espagnole, Carmen Maura, dont on n’a pas oublié les éblouissantes performances dans les films d’Almodóvar ou de Carlos Saura ! C’est peu dire qu’elle illumine « Rue Malaga »: son naturel, son dynamisme, sa spontanéité donnent vie au film où elle est présente de bout en bout. Le reste de la distribution est à la hauteur de vedette et la réalisatrice mène son affaire avec rigueur, à un rythme soutenu, sans temps mort.
Au total, « Rue Malaga » est un film aimable et ensoleillé, bon contrepoint à l’hiver morose d’aujourd’hui ! Les spectateurs de la Mostra de Venise ne s’y sont pas trompés qui lui ont accordé un très mérité prix du public ! Oui, « Rue Malaga » est un film à ne manquer sous aucun prétexte !
Jean-François Martinon
