
Auður Ava Ólafsdóttir est est née en 1958 à Reykjavík. Elle fait ses études en histoire de l’art à la Sorbonne de Paris.
Pendant 20 ans, elle va exercer le métier de professeure d’histoire de l’art à l’Université d’Islande et directrice du musée de l’Université d’Islande avant de devenir écrivaine à plein temps mais aussi dramaturge et poétesse. Elle obtient, entre autres, le Grand Prix de littérature du Conseil nordique pour son roman Ör en 2018 traduit et édité en français. Elle reçoit ensuite le Prix Médicis pour Miss Islande en 2019.
Dans DJ Bambi , il se passe mille choses et pourtant pas grand-chose . Des goélands curieux et inquiétants, un rorqual échoué, mort qui empeste, des promenades au bord de la mer à la recherche d’un endroit où se noyer dans ses profondeurs. « Debout au bord du précipice, j’ai contemplé les ténèbres» ,dit-elle.
A l’origine du roman, Auður Ava Ólafsdóttir a rencontré une femme qui a changé de genre. Cette femme est née homme mais a toujours « su » qu’elle était une femme. Un jour, elle a franchi le pas et a entamé une procédure pour changer de sexe Elle demande à Audur de raconter son histoire. Après avoir hésité, la romancière s’est mise au travail. Elle aime les défis et change de sujet à chaque livre. Ce n’est pas l’histoire de cette femme qu’elle nous livre mais celle de Trausri, sortie de son imagination à partir de l’histoire de cette rencontre.
Il ne parle de lui qu‘au féminin. Avant de se faire appeler Logn, V. a été marié à Sonja. A cette époque «elle-il » a été papa d’un garçon, Kari Trausti, adulte aujourd’hui. Logn a un frère jumeau, Trausti qui, contrairement à toute sa famille, la soutient et reste en contact journalier avec elle. Sa femme Sonja, son fils, ses sœurs, sa mère ne supportent pas sa transformation en femme alors que Trausti répète « qu’ils se sont connus avant même de naître. » , créant ainsi des liens indéfectibles.
DJ Bambi est donc l’histoire de Logn, biochimiste spécialisée en analyses cellulaires et tissulaires de 61 ans. Elle a décidé d’avoir le corps de celle qu’elle se sent être depuis toujours : une femme. Après un traitement hormonal, elle attend depuis 6 ans l’opération «du bas». Le prénom qu’elle se donne temporairement, Logn, signifie « moment de calme sans vent entre deux tempêtes » mais aussi « l’attente, le temps perdu, l’immortalité ». L’Islande est un pays traversé par de nombreuses tempêtes. Quand sa transformation sera terminée elle aimerait prendre le prénom de sa grand-mère Gudridur. La seule qui avait compris sa douleur. Elle aspire au calme.
D’une écriture délicate, ce livre nous permet de suivre les questionnements, l’angoisse, les bouleversements dus aux traitements, les effets sur l’odorat. L’autrice nous entraîne dans un récit qui est une belle leçon de tolérance par d’infimes détails qui laissent surgir la poésie, la fantaisie même qui pointe derrière le drame.
Claude GUEST
PHOTO : A l’origine du roman, Auður Ava Ólafsdóttir a rencontré une femme qui a changé de genre. Photo Stephan Karlsson
