
Valerie Donzelli présente son film au Comoedia le 15/1 (photo JFM )
Dans son livre très autobiographique, Franck Courtès raconte, à la première personne, l’histoire d’un photographe qui abandonne tout, métier bien rémunéré, famille, confort, pour devenir écrivain. Ses livres obtiennent des succès d’estime, mais ses droits d’auteur, plus que modestes, ne lui permettent pas de vivre : pour subsister sans s’arrêter d’écrire, il va alors accepter toutes les tâches que proposent les plateformes sur lesquelles il s’est inscrit. Selon la demande, il devient manœuvre, déménageur, plombier débutant, jardinier autodidacte, chauffeur de Hubert, toujours pour un salaire de misère, pourvu que cela lui laisse le temps d’écrire. Cette expérience de travaux inhumains et de la plus grande précarité, sur lesquels il jette un regard détaché mâtiné d’humour noir (ici, plus que jamais, « la politesse du désespoir ! »), il en fera finalement (ce n’était pas du tout prémédité) la matière de son nouvel ouvrage. Celui-ci rencontrera un vif succès à sa sortie en 2025.
Valérie Donzelli s’est emparée avec enthousiasme de cette histoire et, avec son co-scénariste Gilles Marchand, en a tiré un scénario qui a reçu le Prix du meilleur scénario à la Mostra de Venise 2025. Dans une adaptation, nous dit-elle, le livre c’est « comme une sorte de premier rail qui est posé ». Et Gilles Marchand de renchérir : « le livre sert à ce que tout le monde travaille dans le même sens… Mais le film, c’est le film de Valerie ! »
Si l’on s’intéresse à cette histoire, si l’on est en empathie avec Paul Marquet (c’est le nom de l’écrivain dans le film), c’est d’abord parce qu’il est incarné par Bastien Bouillon ! L’acteur campe un personnage complexe, à la fois inconsistant, presque décervelé quand il est dans le monde du travail et intraitablement déterminé quand il s’agit de poursuivre son œuvre littéraire. Bastien Bouillon sait à merveille nous faire entrevoir ce que Paul Marquet ressent mais n’exprime pas face à ses employeurs ou à sa famille dont il souffre d’être éloigné. Il montre à quel point pour lui l’écriture est un travail exigeant et rigoureux. Autour de lui, on notera la présence d’André Marcon. Cet acteur stéphanois, qu’on a surtout connu au théâtre, incarne le père de l’écrivain, scandalisé que son fils ait renoncé à une carrière bien considérée et bien payée pour vivre dans la misère son ambition artistique. On peut penser que Valérie Donzelli a songé à son propre père en écrivant ce rôle : il avait vivement désapprouvé que sa fille abandonne ses études d’architecture pour devenir actrice ! Toute la distribution est impeccable, Valérie Ledoyen, Philippe Katerine et Valérie Donzelli elle-même qui joue le (petit) rôle de l’ex-femme de Paul. On remarquera aussi la musique de Jean-Michel Bernard : elle a été écrite « sur les images » qu’elle accompagne harmonieusement. En revanche, les chansons célèbres qui ponctuent avec à-propos l’action ont été choisies très en amont , dès l’écriture du scénario qu’elles enjolivent sans le paraphraser .
Au total, « À Pied d’Oeuvre » est un film réussi qui rend bien compte du livre de Franck Courtes, qui a d’ailleurs été en relation avec l‘équipe du film du scénario au montage . Mais c’est surtout une belle. réalisation de Valérie Donzelli qui s’inscrit dignement dans la filmographie de l’autrice !
Jean-François Martinon
