Exclues dans la ville, des femmes inventent leur destin…




Cela fait longtemps qu’on n’avait pas revu l’excellent metteur en scène Maxime Mansion. Le voici avec « L’inhabitante », un texte de Leïla Cassar, jeune autrice déjà très remarquée, sur les personnes, particulièrement les femmes, délogées, victimes de la gentrification. C’est un spectacle fort et exigeant.

 

Le néologisme inventé par Leïla Cassar, « L’Inhabitante » désigne les femmes expulsées de leur logement pour cause de restructuration urbaine. Dans la pièce du même nom, elle s’intéresse particulièrement aux habitants délogés d’une partie du quartier Perrache devenue Confluence, plus chic, plus belle, plus chère et devenue inhabitable pour une population ouvrière et/ou précaire qui y vivait jusque dans les années 2020.

 

C’est ce que Leïla Cassar entreprend de nous raconter dans cette pièce construite à partir de témoignages. Disons dans les années 80-90. Des femmes pour la plupart que Maxime Mansion fait vivre aux abords d’un simple abribus, lieu de croisement et de promiscuité. Il y a Denise, la mère dépressive et paumée qui ne s’installe nulle part, rêvant d’un appartement décent, et sa fille, Julie (appelez-la « Jules »), boule d’énergie et de révolte, air buté, poings fermés que joue formidablement Jasmine Bouziani, Suzanne, la prostituée à la gouaille magnifique, avec son manteau de fausse fourrure et ses talons hauts, interprétée par Juliette Savary, extraordinaire comédienne capable de gestes hautement impudiques sans impudeur… Deux autres, livreuses Ubereats, ne feront que passer, perpétuellement malmenées d’un lieu à l’autre, mais joyeuses… Et puis il y a le travesti au grand cœur caché derrière une violence de façade, merveilleux David Achour. Dans ce quartier, cette zone, le danger guette, ne survit que celui qui sait attaquer le premier. Mais cette pièce n’est pas un thriller, juste un écrin pour faire vivre sous nos yeux des personnes invisibles.

 

Un mot sur la mise en espace et la direction d’acteurs. Maxime Mansion est un orfèvre en la matière. Le décor d’abord, puisqu’il est pratiquement élevé au rang de personnage. La ville, la nuit, un abribus, donc avec le plan de Lyon, des papiers au sol… Inhospitalière. L’abribus, mobile, abritera sans autre modification un appartement… L’idée de Maxime Mansion d’ajouter un dispositif sonore est très efficace : en même temps que les paroles des personnages nous parviennent les bruits incessants de la ville, travaux, marché gare, klaxons… et même les bruits furtifs dans le silence de la nuit. Cela crée une ambiance particulière faite d’inconfort et d’alerte qui est celle de la vie des personnages et donc, de manière éphémère, la nôtre…

 

Quant à la direction d’acteurs, elle est fluide, cohérente, jamais démonstrative. Chaque personnage incarne réellement une personne avec son histoire, sa hargne de vivre, sa volonté aussi de rester humain, à sa manière, brute. Cela donne de beaux moments d’émotion sur lesquels on ne s’attarde pas, sauf peut-être la première partie qui gagnerait à être plus resserrée (il est vrai qu’elle donne la parole à une femme qui répète en boucle une litanie désespérée, évidemment inutile). Ces quelques petites réserves s’effacent vite devant l’importance du propos, le sentiment de real life, l’énergie des comédiens et des rôles qu’ils portent.

 

L’inhabitante est un spectacle fort qui nous transporte et nous captive par la richesse de ses personnages, qui ne verse pas dans le lamento mais insiste sur la résilience, le courage et la solidarité qui les sauvent.

 

  • Au Théâtre des Célestins jusqu’au 17 janvier
  • Aux Invites de Villeurbanne (plus d’infos à venir sur le site des Invites)

Leave a Comment

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Scroll to Top